Ce matin, nous partons pour un très, très long voyage. Non pas à l’autre
bout du monde, mais bien plus loin encore : dans le temps. Direction
l’époque des Aurignaciens, il y a environ 40 000 à 30 000 ans. Une
véritable plongée dans les profondeurs de la préhistoire.
Le départ
se fait pourtant de manière très contemporaine : nous prenons nos
voitures au Plan de Saint-Bertrant pour rejoindre le village d’Aurignac.
Là, au Musée de l’Aurignacien, une guide à l’accent italien nous
accueille et nous invite d’emblée à élargir notre regard. Devant une
grande frise retraçant l’histoire de la Terre, nous découvrons la place
minuscule qu’occupe l’humanité dans l’immensité du temps. À l’échelle
des millions d’années, nous sommes presque invisibles… et pourtant, que
de chemin parcouru ! Il suffit de penser à ces petits sièges bien
pratiques sur lesquels nous sommes confortablement installés pour
écouter les explications de notre guide.
Notre guide évoque ensuite
les différentes phases de la découverte du site préhistorique
d’Aurignac, fouillé pour la première fois au XIXᵉ siècle, ainsi que les
interprétations successives proposées par les préhistoriens. Ce site a
donné son nom à la culture aurignacienne, l’une des premières grandes
cultures du Paléolithique supérieur en Europe.
Dans la salle suivante
commence le véritable voyage vers cette époque lointaine. Nous suivons
les traces des premiers Homo sapiens qui quittèrent l’Afrique il y a
environ 60 000 à 70 000 ans, traversèrent le Proche-Orient et l’Asie
avant de gagner progressivement l’Europe. Les migrations humaines
apparaissent alors comme une longue aventure.
Un détour nous permet
également de découvrir la faune qui partageait le territoire avec les
hommes préhistoriques : mammouths, rennes, bisons, chevaux sauvages ou
encore lions des cavernes peuplaient alors ces paysages aujourd’hui bien
différents.
Puis vient un moment particulièrement captivant : la
démonstration de taille du silex. À l’aide d’un outil en bois de cervidé
— souvent une ramure de renne ou de cerf — notre guide frappe avec
précision un bloc de silex et en détache une fine lame. Sous nos yeux,
un geste vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années reprend vie.
Le silex ainsi façonné fut l’un des matériaux essentiels de la
préhistoire, servant à fabriquer de nombreux outils indispensables à la
vie quotidienne : grattoirs pour travailler les peaux, pointes de
chasse, couteaux ou burins.
La visite nous montre aussi que ces
premiers hommes ne se limitaient pas à survivre : ils créaient déjà.
Flûtes, sifflets, bijoux et parures témoignent d’un sens esthétique et
d’un besoin d’expression symbolique qui caractérisent pleinement Homo
sapiens. Les chercheurs s’intéressent aujourd’hui de plus en plus à la
dimension sociale et symbolique de ces sociétés préhistoriques,
cherchant à mieux comprendre leur mode de pensée et leurs croyances.
La tête pleine de ces découvertes, nous déambulons ensuite librement
dans le musée. Nous nous attardons devant les fossiles et les
reconstitutions, observant avec curiosité les crânes et les vestiges
retrouvés dans la région, mais aussi certaines figurines féminines aux
formes généreuses, souvent interprétées comme des représentations
symboliques de la fécondité ou de la féminité.
Le temps a passé sans
que nous nous en rendions compte. Un peu avant midi, nous quittons le
musée et reprenons le chemin du village. En quelques minutes de marche,
nous revenons brusquement en 2026 de notre ère pour atteindre le centre
d’Aurignac, où nous attend l’auberge Saint-Lauran. Dans cette ancienne
bâtisse aux accents médiévaux, nous faisons un nouveau bond dans le
passé, cette fois vers le XIIIᵉ siècle, et nous sommes chaleureusement
accueillis pour un repas convivial.

Mais notre voyage dans le temps
ne s’arrête pas là. L’après-midi, nous découvrons qu’Aurignac est une
petite ville riche de son passé commingeois. À la sortie du restaurant,
une guide nous attend pour nous plonger dans l’histoire de Bernard IV de
Comminges, seigneur qui joua un rôle important dans l’histoire du
territoire au XIIIᵉ siècle.
Nous comprenons alors qu’à cette époque
les conquêtes territoriales passaient souvent par des alliances
matrimoniales. Les mariages constituaient un moyen efficace d’agrandir
ses domaines, de consolider son pouvoir et de nouer des alliances
politiques.. la vie de Bernard IV de Comminges, seigneur audacieux et…
plutôt compliqué en amour : marié plusieurs fois, impliqué dans des
annulations de mariage, et même accusé de bigamie. Bref, les intrigues
médiévales avaient déjà leur lot de feuilletons ! il dut composer avec
les règles et les intrigues de son temps

Nous remontons la rue
principale, appelée rue des Nobles, bordée de maisons anciennes qui
témoignent de la prospérité passée de la cité. Nous franchissons ensuite
l’une des anciennes portes de l’enceinte médiévale, vestige des
fortifications qui protégeaient autrefois la ville.
Nous pénétrons
dans un jardin médicinal, où chaque carré de plantes a sa fonction
médicinale. Sauge, thym, lavande et menthe rappellent l’importance des «
simples » pour soigner fièvre, blessures ou troubles digestifs. Les
fleurs et les couleurs créent un petit refuge pour les sens et l’esprit,
un lieu où plantes et utilité se rejoignent. On imagine les moines et
guérisseurs d’autrefois, cueillant avec soin leurs remèdes naturels.
Puis nous traversons la rue vers une église reconstruite au fil des
siècles, mêlant des éléments de différentes périodes.
Notre promenade
nous conduit ensuite vers les vestiges du château médiéval d’Aurignac.
Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques murailles et une tour
restaurée, mais ces ruines permettent encore d’imaginer la puissance de
la forteresse qui dominait autrefois la vallée.
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Nous poursuivons
enfin notre chemin vers un jardin récemment aménagé, inspiré des jardins
d’amour médiévaux. Au Moyen Âge, ces jardins clos symbolisaient un
espace protégé, propice à la promenade, aux échanges et à l’idéal de
l’amour courtois. Les plantes qui y étaient cultivées avaient souvent
une valeur symbolique : la rose évoquait l’amour et la beauté, le lys la
pureté, la violette la modestie.
Nous terminons la visite en longeant
les anciennes murailles qui entouraient la ville basse.
La journée
s’achève sous un soleil qui ne nous a pas quittés. Pour certains, un
dernier arrêt à l’auberge Saint-Lauran permet de se désaltérer avant que
chacun ne reprenne le chemin de son foyer, riche de cette belle journée
passée à voyager à travers les siècles.