Carnet de voyage dans le temps :
Aurignac, du Paléolithique au Moyen Âge

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12 mars 2026

 

Ce matin, nous partons pour un très, très long voyage. Non pas à l’autre bout du monde, mais bien plus loin encore : dans le temps. Direction l’époque des Aurignaciens, il y a environ 40 000 à 30 000 ans. Une véritable plongée dans les profondeurs de la préhistoire.
Le départ se fait pourtant de manière très contemporaine : nous prenons nos voitures au Plan de Saint-Bertrant pour rejoindre le village d’Aurignac. Là, au Musée de l’Aurignacien, une guide à l’accent italien nous accueille et nous invite d’emblée à élargir notre regard. Devant une grande frise retraçant l’histoire de la Terre, nous découvrons la place minuscule qu’occupe l’humanité dans l’immensité du temps. À l’échelle des millions d’années, nous sommes presque invisibles… et pourtant, que de chemin parcouru ! Il suffit de penser à ces petits sièges bien pratiques sur lesquels nous sommes confortablement installés pour écouter les explications de notre guide.
Notre guide évoque ensuite les différentes phases de la découverte du site préhistorique d’Aurignac, fouillé pour la première fois au XIXᵉ siècle, ainsi que les interprétations successives proposées par les préhistoriens. Ce site a donné son nom à la culture aurignacienne, l’une des premières grandes cultures du Paléolithique supérieur en Europe.
Dans la salle suivante commence le véritable voyage vers cette époque lointaine. Nous suivons les traces des premiers Homo sapiens qui quittèrent l’Afrique il y a environ 60 000 à 70 000 ans, traversèrent le Proche-Orient et l’Asie avant de gagner progressivement l’Europe. Les migrations humaines apparaissent alors comme une longue aventure.
Un détour nous permet également de découvrir la faune qui partageait le territoire avec les hommes préhistoriques : mammouths, rennes, bisons, chevaux sauvages ou encore lions des cavernes peuplaient alors ces paysages aujourd’hui bien différents.
Puis vient un moment particulièrement captivant : la démonstration de taille du silex. À l’aide d’un outil en bois de cervidé — souvent une ramure de renne ou de cerf — notre guide frappe avec précision un bloc de silex et en détache une fine lame. Sous nos yeux, un geste vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années reprend vie. Le silex ainsi façonné fut l’un des matériaux essentiels de la préhistoire, servant à fabriquer de nombreux outils indispensables à la vie quotidienne : grattoirs pour travailler les peaux, pointes de chasse, couteaux ou burins.
La visite nous montre aussi que ces premiers hommes ne se limitaient pas à survivre : ils créaient déjà. Flûtes, sifflets, bijoux et parures témoignent d’un sens esthétique et d’un besoin d’expression symbolique qui caractérisent pleinement Homo sapiens. Les chercheurs s’intéressent aujourd’hui de plus en plus à la dimension sociale et symbolique de ces sociétés préhistoriques, cherchant à mieux comprendre leur mode de pensée et leurs croyances.
La tête pleine de ces découvertes, nous déambulons ensuite librement dans le musée. Nous nous attardons devant les fossiles et les reconstitutions, observant avec curiosité les crânes et les vestiges retrouvés dans la région, mais aussi certaines figurines féminines aux formes généreuses, souvent interprétées comme des représentations symboliques de la fécondité ou de la féminité.
Le temps a passé sans que nous nous en rendions compte. Un peu avant midi, nous quittons le musée et reprenons le chemin du village. En quelques minutes de marche, nous revenons brusquement en 2026 de notre ère pour atteindre le centre d’Aurignac, où nous attend l’auberge Saint-Lauran. Dans cette ancienne bâtisse aux accents médiévaux, nous faisons un nouveau bond dans le passé, cette fois vers le XIIIᵉ siècle, et nous sommes chaleureusement accueillis pour un repas convivial.


Mais notre voyage dans le temps ne s’arrête pas là. L’après-midi, nous découvrons qu’Aurignac est une petite ville riche de son passé commingeois. À la sortie du restaurant, une guide nous attend pour nous plonger dans l’histoire de Bernard IV de Comminges, seigneur qui joua un rôle important dans l’histoire du territoire au XIIIᵉ siècle.
Nous comprenons alors qu’à cette époque les conquêtes territoriales passaient souvent par des alliances matrimoniales. Les mariages constituaient un moyen efficace d’agrandir ses domaines, de consolider son pouvoir et de nouer des alliances politiques.. la vie de Bernard IV de Comminges, seigneur audacieux et… plutôt compliqué en amour : marié plusieurs fois, impliqué dans des annulations de mariage, et même accusé de bigamie. Bref, les intrigues médiévales avaient déjà leur lot de feuilletons ! il dut composer avec les règles et les intrigues de son temps
Nous remontons la rue principale, appelée rue des Nobles, bordée de maisons anciennes qui témoignent de la prospérité passée de la cité. Nous franchissons ensuite l’une des anciennes portes de l’enceinte médiévale, vestige des fortifications qui protégeaient autrefois la ville.
Nous pénétrons dans un jardin médicinal, où chaque carré de plantes a sa fonction médicinale. Sauge, thym, lavande et menthe rappellent l’importance des « simples » pour soigner fièvre, blessures ou troubles digestifs. Les fleurs et les couleurs créent un petit refuge pour les sens et l’esprit, un lieu où plantes et utilité se rejoignent. On imagine les moines et guérisseurs d’autrefois, cueillant avec soin leurs remèdes naturels.
Puis nous traversons la rue vers une église reconstruite au fil des siècles, mêlant des éléments de différentes périodes.
Notre promenade nous conduit ensuite vers les vestiges du château médiéval d’Aurignac. Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques murailles et une tour restaurée, mais ces ruines permettent encore d’imaginer la puissance de la forteresse qui dominait autrefois la vallée.

      


Nous poursuivons enfin notre chemin vers un jardin récemment aménagé, inspiré des jardins d’amour médiévaux. Au Moyen Âge, ces jardins clos symbolisaient un espace protégé, propice à la promenade, aux échanges et à l’idéal de l’amour courtois. Les plantes qui y étaient cultivées avaient souvent une valeur symbolique : la rose évoquait l’amour et la beauté, le lys la pureté, la violette la modestie.
Nous terminons la visite en longeant les anciennes murailles qui entouraient la ville basse.
La journée s’achève sous un soleil qui ne nous a pas quittés. Pour certains, un dernier arrêt à l’auberge Saint-Lauran permet de se désaltérer avant que chacun ne reprenne le chemin de son foyer, riche de cette belle journée passée à voyager à travers les siècles.

 

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