
Pour cette randonnée dans
le Barousse, nous avions rendez-vous… au cimetière. Mais certaines
personnes se sont trompées de cimetière : il faut dire que deux lieux de
repos éternel se côtoient à quelques centaines de mètres l’un de l’autre
! Heureusement, nos chemins ont fini par se croiser et nous étions
finalement quatorze au départ.
Nous commençons par descendre la route en longeant
la rivière l’Ourse, dont le murmure accompagne nos premiers pas, avant
de remonter sur la droite en lisière de forêt. Là, scène bucolique et
inattendue : deux imposants cochons, étendus de tout leur long,
savourent la tiédeur du soleil, tandis que cinq ou six petits, repus,
sommeillent à l’abri. La campagne a ses tableaux vivants.
Après une courte halte consacrée à l’observation de
quelques fleurs, nous reprenons la marche. Les regards se font plus
attentifs, les pas plus mesurés : chacun veille à ménager son souffle
face à l’unique difficulté du jour, une côte d’une centaine de mètres,
modeste mais bien réelle, qui débouche sur une route goudronnée —
heureusement suivie d’une descente libératrice.
Un peu plus loin, nous découvrons un ancien lavoir
restauré avec soin. Les lavandières ont déserté les lieux depuis
longtemps ; leurs voix se sont tues, remplacées par les reflets vifs de
quelques poissons rouges glissant dans l’eau claire.
La
route nous réserve ensuite une rencontre plus impressionnante : un
taureau majestueux, campé sur ses solides appuis, arbore une tête
superbe et des cornes à la mesure de sa stature. Quelques randonneurs
pressent légèrement le pas, mais la barrière qui nous sépare de l’animal
suffit à rassurer les plus inquiets.
Nous bifurquons alors vers la forêt. Le ruisseau de
la Merlasse , en crue, roule une eau vive et sonore. Après une brève
évaluation stratégique, deux larges enjambées nous permettent de changer
de rive sans encombre. Les conversations reprennent aussitôt, légères et
animées, tandis que nous cheminons en bordure du bois.
Au détour du chemin, un arbre gît en travers du
sentier, sans doute terrassé par un coup de vent plus fougueux que les
autres. L’obstacle ne décourage personne : on se baisse, on contourne,
on se faufile. La souplesse de l’équipe fait merveille et l’épisode se
solde dans les rires.
À l’orée du bois, grisés par l’énergie encore
intacte du groupe, nous décidons de prolonger la promenade. Nous
traversons alors un vaste espace qui évoque une mer de pierres
concassées . Il s’agit en réalité d’une ancienne décharge de déblais
provenant autrefois des carrières de l’usine Pechiney Le volume des
cailloux est si impressionnant que l’on croirait voir les vestiges des
moraines d’un glacier oublié, figé là par le temps.
En passant non loin du célèbre mur d’escalade de
Troubat, nous quittons peu à peu les abords de Gembrie pour rejoindre
Antichan. Le soleil nous accompagne toujours ; les pas se font légers,
les échanges chaleureux. Une pause sur un banc, au pied d’une croix,
nous offre un moment de respiration… et l’occasion de nous désaltérer.
À Antichan, quelques habitants nous saluent et
engagent la conversation. Nous admirons une charrette à quatre roues,
magnifiquement restaurée, d’un bleu éclatant, témoignage discret mais
précieux du passé rural. En traversant le village, nous remarquons
également un ancien banc pour ferrer les bœufs, lui aussi remis en
valeur avec soin.
